Nouvelles de l’Afrique

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Nouvelles de Kédougou

Internat des filles

Depuis 1962, les Sœurs de St Joseph sont au service de la jeunesse rurale de la région de Kédougou et de ses environs. Grâce à leur générosité et à leur amour pour les ethnies minoritaires, l’œuvre s’est agrandie. Des milliers d’enfants ont été scolarisés. Aujourd’hui, beaucoup de ces jeunes sont devenus cadres, professeurs, prêtres.

La générosité de nombreuses personnes, religieux(ses), bienfaiteurs ont été des piliers pour de nombreux enfants –garçons, filles - défavorisés.

Des filles, de villages de brousse, ont été accueillies à l’internat, ont poursuivi leur scolarité dans de bonnes conditions. Certaines ont pu réussir le baccalauréat, ce qui aurait été impossible dans leur milieu de vie. Une dizaine d’entre elles ont poursuivi leurs études à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.kedugu

En plus du temps consacré à l’étude, les internes apprennent les travaux pour l’entretien d’une maison : cuisine, lessive, aide aux repas les jours de fête etc.kedugu0 Les moments de détente sont parfois occupés à la confection du jus de bissap pour des fruits de baobab (pain de singe) avec Sœur Sophie.

Cette année, l’internat a accueilli 40 filles, 24 au primaire et 19 dans le secondaire. 3 ont été présentées au bac, mais malheureusement une seule a réussi. Une autre a préparé le BEFEM et l’a réussi.

Entretien de la maisonkedugu2

 

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Heures de détente : préparation du jus de bissapkedugu3

 

Le dispensaire et la clinique mobile

Pesée des enfantskedugu5
Vaccination au dispensairekedugu4

Sœur Michaella, infirmière, aidée par un autochtone, assure les soins au dispensaire de la mission et dans les villages environnants au moyen de la « clinique mobile » : campagne de vaccination, suivi des enfants – pesée, formation des mamans … etc.

Consultation sous un abri de paillekedugu6

Caritas est une aide précieuse pour poursuivre cette activité. Mais actuellement la Sœur en charge aurait besoin d’une voiture-ambulance plus adaptée aux routes rocailleuses pour aller dans les villages reculés à l’accès difficile.

Eglise de Kédougou : ordination presbytérale de l’Abbé Keita

Un évènement joyeux a réuni ce 7 juillet 2018 les paroissiens de St Joseph de Kédougou : l’ordination sacerdotale de l’Abbé Gérard Keita, du village de Bandafassi. 8 ans après l’ordination de l’abbé Marcel Keita qui est le 2e prêtre issu de l’ethnie Bedick. C’est un ancien de l’internat des garçons de Kédougou, à l’époque sous la responsabilité des sœurs de St Joseph d’Annecy.

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Eglise de Kédougoukedugu7

 

Sœur Jacquelinekedugu9

 

Les paroisses du diocèse de Kédougou avaient délégué des représentants pour cet évènement.

L’exploitation de l’or(récit du Père Armel Duteil Spiritain)     

kedugu11Cette activité, relativement nouvelle, a transformé le visage de Kédougou, la plus belle des villes du Sénégal : insécurité, VIH/Sida, prostitution, vie chère, sans parler des autre maux d’ordre culturel. Kédougou est devenu le carrefour de plusieurs nationalités venues tenter leur chance en espérant trouver un peu d’or, ce qui améliorerait leur vie. Beaucoup de jeunes des villages ont préféré s’adonner à la recherche de l’or plutôt que poursuivre leurs études.

Au Sénégal, plusieurs sociétés minières exploitent l’or d’une façon industrielle. Mais à Bantako, près de Kédougou, il y a tout un secteur de mines d’or artisanales. Des gens creusent des puits jusqu’à 25 m. à la recherche de cailloux aurifères. C’est un travail très dur, avec la chaleur et le manque d’air, et aussi très dangereux. La semaine dernière, 2 personnes sont mortes enterrées suite à un éboulement. Des jeunes, et même des enfants, y sont utilisés du fait de leur petite taille. Des femmes et des jeunes filles se font payer pour remonter à la main les seaux contenant la terre et les pierres. On a coupé la plupart kedugu12des arbres aux alentours et il faut aller de plus en plus loin pour chercher du bois pour étayer les mines, et aussi pour la cuisine.

Ce sont d’abord des Maliens qui ont commencé ce travail, car ils le pratiquaient chez eux. Puis les Sénégalais s’y sont mis, ainsi que de nombreuses personnes venues des pays environnants, en particulier la Guinée. De nombreux élèves ont quitté l’école pour chercher de l’or, en pensant s’enrichir rapidement. Ce fut le cas pour quelques rares chanceux tombés sur un filon, mais la grande majorité n’a fait que gaspiller son avenir.

Comme partout, cette recherche de l’or a amené d’énormes problèmes et souffrances : bagarres, violence généralisée, vols, viols, drogue, alcool et prostitution. Une traite de femmes s’est organisée, en particulier à partir du Nigéria. On va dans les villages pauvres recruter des jeunes filles ou des femmes en leur promettant du travail au Sénégal. Arrivées sur place, on leur confisque leurs papiers et on les oblige à se prostituer, soi-disant pour rembourser leur voyage. Elles se retrouvent prises dans un cercle sans fin. Beaucoup vivent d’une façon misérable.

Pour séparer l’or, on utilise le mercure, ce qui est très mauvais pour la santé. Et sur place, il n’y a aucun dispensaire, seulement un petit poste de santé pour une population évaluée à 10 000 personnes et qui augmente sans cesse. On ne descend pas dans les mines le vendredi et le lundi. Ces jours-là, on casse les cailloux pour en extraire l’or. Un gramme est vendu

20 000 francs CFA. Les autres jours, les gens emmènent leurs cailloux pour les faire garder afin d’éviter les vols. La semaine dernière, un groupe armé est venu voler l’or. Ils ont tiré une vingtaine de coups de fusil pour effrayer la population, mais heureusement, ils n’ont blessé personne.

Peu à peu, tout un système d’exploitation s’est mis en place. Les autorités locales et les forces de sécurité taxent les gens. Le chef du village a fait venir du Burkina Faso une machine qui pulvérise les cailloux et les lave pour récupérer l’or. Les orpailleurs, pour être autorisés à rester et travailler, doivent lui fournir chaque semaine des « cailloux ». L’or récupéré est envoyé clandestinement et revendu au Mali, sans aucun avantage pour le Sénégal.

Le gouvernement a essayé d’organiser les choses. Pour seulement 10 000 frs CFA, il donne aux citoyens sénégalais un document les autorisant à chercher l’or. Grâce à cette autorisation, ces personnes font travailler pour elles les étrangers. De même, les fonctionnaires dont les enseignants de l’école locale qui ont un salaire et donc les moyens financiers, achètent le matériel nécessaire : seaux, cordes, marteaux etc. et les revendent au prix fort ou font aussi travailler des personnes pour eux.

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Ceux qui ont la chance de trouver de l’or se retrouvent d’un seul coup avec une importante somme d’argent. Ils achètent alors une moto, quand ils ne dépensent pas tout cet argent dans les bars avec les prostituées. Mais la plupart n’ont rien pour vivre.

Le mois dernier, un gros incendie s’est déclaré. L’ambassadeur du Mali est venu parler à ses ressortissants, qui forment une grosse communauté. Il leur a conseillé de revenir au Mali pour vivre dans des conditions normales. Pour cela, il a pris leur nom et des photos pour les leur faire établir des pièces d’identité. Il a aussi demandé que les enfants de 5 à 18 ans laissent les mines et retournent à l’école. Mais est-ce que cela va changer quelque chose ?

Au retour des mines, à un croisement, nous voyons 2 œufs cassés : c’est un sacrifice offert aux ancêtres ou aux génies des mines pour obtenir chance et protection. Nous voyons quelques champs de maïs et d’arachides, signe que quelques-uns se sont remis au travail des champs.

 

 

Je suis venu visiter ce secteur au titre de la commission spiritaine « Justice, paix et Respect de la création ». Une association de volontaires allemands est venue construire pour nous un Centre Social avec quatre grandes salles de réunion. Il nous faut voir maintenant comment utiliser ce Centre pour répondre aux vrais besoins de la population. Nous pensons déjà à l’alphabétisation des adultes, à la formation au développement (petits projets en agriculture, élevage et artisanat …) pour aider les jeunes à

sortir de la hantise de l’or, à la promotion des jeunes filles et des femmes, y compris pour aider les prostituées à sortir de cette emprise. Mais nous ne voulons pas décider nous-mêmes les choses à faire. Je voulais donc rencontrer le Chef de Village, les imams, les notables et les représentants des communautés guinéennes et maliennes, pour les écouter et accueillir leurs propositions. Malheureusement, il y avait un décès et tous étaient partis à l’enterrement. Il faudra revenir une autre fois.justice

En attendant la mise en état du Centre, nous avons déjà fait un forage. En effet, l’eau des puits du village est saumâtre. Le forage permet d’avoir de l’eau potable (la première chose que nous avons faite c’est de la faire analyser). Avant de distribuer cette eau, une question s’est posée : fallait-il donner l’eau gratuitement ou la faire payer ? Finalement, nous avons décidé de demander une petite participation (la moitié de ce qu’on demande aux puits de village) pour 2 raisons. D’abord parce que ce qui est distribué gratuitement est considéré comme n’ayant pas de valeur, et nous ne voulons pas faire des gens des mendiants, ni des assistés. Ensuite, il faut assurer le suivi du forage : entretien, réparations, etc.… l’argent récolté est donc mis dans une caisse, au service de tous. A partir de là, on a fait une formation sur le respect et la bonne utilisation de l’eau. Et un comité s’occupe du bon fonctionnement du forage.

Loué sois-tu, Mon Seigneur pour Sœur Eau
qui est très utile et très humble
précieuse et chaste.

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